ASMousquetaires.com - Cheptel et transhumance

Cheptel et transhumance

Cyrano

En Russie, l’hiver, il fait froid, très froid. En Russie, l’hiver, le championnat s’arrête et les équipes préparent la prochaine saison à venir. En Russie, l’hiver, les bergers prennent leurs troupeaux et les emmènent dans des steppes moins gelées. Les Russes ont investi Monaco, son Stade Louis II et ses sièges jaunes. Mais ce n’est pas pour autant qu’ils ont oublié les traditions hivernales chères à leur Sainte mère Russie, la preuve.


Un froid de canard, 9 arrivées, 3 départs. 30 centimètres de neige à La Turbie, des rumeurs, des joueurs fantômes, des joueurs recalés, et une belle fille d’attente à l’IM2S à l’heure que tout ce petit monde passe les tests physiques.
Voilà grosso modo à quoi a ressemblé le mercato hivernal de notre équipe fanion. De mémoire de supporter, nous n’avions jamais connu telle transhumance. Il y a eu des mercatos sans joueur, des mercatos « mon président est au ski », des mercatos « paris impossibles », des mercatos « je vends, donc j’essuie ». Mais des comme ça, avec une telle opération portes ouvertes (celle de la banque et celle des vestiaires), jamais.
Et alors que Simone souhaitait « un joueur par ligne », on est largement en droit de se demander si cette nouvelle transhumance saupoudrée de potassium est issue d’un plan murement réfléchi. Ou si c’est une action purement Briantesque, mais avec cette fois-ci les moyens suffisants pour nourrir sa bêtise ?

Force est de constater que sur la première moitié de la saison, les entraineurs munegu avaient sous la main, pour composer l’équipe, quasiment la moitié de l’effectif constitué de jeunes, néophyte ou presque. C’est juste inconcevable que la colonne vertébrale pensante de l’ASM ait pu imaginer, et même affirmer sur toutes les ondes, que l’objectif était la remontée, avec une équipe pareille. Et encore, je ne parle pas des supporters qui clamaient haut et fort une prochaine remontée, se sont souvent les mêmes moutons qui ne trouvaient rien à redire sur les « tristes fantastiques » qui avaient le club en main jusqu’à décembre dernier.

Le risque d’une telle politique de jeunisme était évidemment énorme, tant pour le club que pour tous ces jeunes, dont la plupart surfaient sur la vague d’ondes positives liée à la victoire en Gambardella.
Le club, aspiré dans une spirale sombre de défaites et de mauvais moments pouvait s'enfoncer d'autant plus, avec une équipe de néophytes absolument pas prête au combat,  car pas aguerris et mal encadrés. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé, et notre 20e place pendant un moment était des plus logiques.
L’autre risque était de « griller » ces jeunes, de leur mettre la tête sous l’eau et de la maintenir à coups de défaites. D’ailleurs, à ce titre, la courbe de « progression » d’Eysseric est comme un symbole de cette torréfaction du jeune en milieu trop sauvage pour lui : brillant sur les premiers matchs, même décisif, il s’est ensuite éteint, petit à petit, devenant moyen, puis étant relégué sur le banc, puis en réserve.

À la grande époque de l’ASM dominateur et collectionneur de titres, quand des jeunes sortaient du cocon, (type Henry, Trezeguet, Squillaci), on en voyait tourner 2-3 par saison, pas plus. Et bien souvent au début, c’était en dépannage, en soutien d’une équipe de vrais professionnels rompus aux joutes dans lesquelles ils étaient engagés. Même au FC Barcelone, pourtant énorme pourvoyeur de jeunes pétris de talent, ils n’en sortent pas plus de 2-3 par saison. Et surtout, jamais Guardiola ne s’est amusé à titulariser 7 jeunes en même temps en championnat. À Monaco, nous faisons cela presque tous les week-ends depuis 6 mois…

À partir de là, le recrutement « en masse » des Russes est d’une logique limpide et imparable. Des potentiels vrais titulaires dans une vraie équipe avec une vraie direction, on en a 3-4, voire 5 maximum. Malteser, Coulibaly, Giuly, Yatabaré, Muratori… Autour, on n’a aligné que des jeunes (Salli, Germain, Pinteaux) ou du néant (Hansson, Dumont). Alors forcément, à l’heure de réfléchir au recrutement, il n’y avait pas 35 choses à faire : combler les 6 trous que l’on avait, et boucher le début du banc, qui sera complété par les quelques satisfactions que nous avons déjà au niveau des jeunes (Mendy, Germain, Salli, Dingo…).
Il n’y a même pas grand-chose à dire sur les joueurs recrutés. En plus d’avoir mis les moyens, les Russes ont aussi clairement réfléchi et analysé l’espèce de gruyère constitué par l’empilement des joueurs made in Aubéry & co.

On avait besoin d’un gardien, car Carasso est aux fraises, Sourzac un poil jeune et Chabbert à l’infirmerie, on a donc eu Subasic, international croate.
On était clairement en manque de défenseurs (Hansson est à la rue, Adriano et Muratori sont toujours à l’infirmerie), on a eu Kagelmacher, Tzavellas et Wolf, avec les jeunes en doublure.
Au milieu, c’était peut-être le secteur le moins moyen, même si la créativité était aux abonnés absents, et qu’au niveau de la récupération, on n’avait personne de réellement constant pour suppléer le duo Coulibaly-Mendy. On a donc eu Tziolis, un rugueux grec à la récup, Dirar et Koman à la création.
Enfin, même si leurs performances étaient plutôt bonnes ces derniers temps, le duo Germain-Salli en pointe était clairement pas assez tueur, et un peu léger (Salli est super jeune) pour toute la saison. On a donc récupéré Touré et Barazite, deux attaquants aux profils différents.

Il est vrai que tout cela fait vraiment armée mexicaine, et que si les tribunes vont se remplir à nouveau lors des prochains matchs, ça sera faute aux nombreux traducteurs venus épauler Marco Simone. De plus, faire venir des joueurs par wagon, c’est encore prendre un risque, comme l’a souligné Jean-Luc Ettori dans son dernier interview. Le risque, c’est de trop compter sur des joueurs qui auront un temps extrêmement limité pour s’adapter, et au final, risquer de foncer vers le National en cas de mise en route tardive, ou de nouvelle plantade sur le profil des joueurs. Mais laisser la situation en l’état, c’était l’assurance de se planter et de retomber un cran plus bas.
Et  entre prendre un risque pour peut-être se sauver, ou la certitude de plonger, les dirigeants russes n’ont pas mis trop longtemps à se décider, grand bien leur en fasse…