Aubéry-Dhondt, le match
publié le 26/01/2012 par Orto
Quand un nouveau dirigeant arrive dans un club, les supporters regardent généralement son CV pour porter un jugement sur lui. Il n’y avait pas de raison qu’on ne le fasse pas nous aussi. Quand Filips Dhondt a été propulsé directeur général de l’AS Monaco, ça a donc été un réflexe de voir ce qu’il avait bien pu faire avant de répondre positivement à l’invitation des repreneurs russes. En plus, il a fait les choses bien et en cherchant un peu on trouve sa carrière bien détaillée. Il a quitté Ujpest, au fin fond de la Hongrie, après un mois seulement. Mais il a fait bien d’autres choses auparavant, plutôt intéressantes d’ailleurs.
On aurait ainsi pu consacrer un article entier à "Filips", mais il est intéressant de voir ce qu’on gagne. Surtout qu’on sait ce qu’on perd. Michel Aubéry (en attendant son ex-femme) n’est plus vice-président. Compte tenu de l’organigramme du club ces derniers mois et de l’origine des décisions prises, on peut rapprocher ces deux personnes : MM. Dhondt et Aubéry. Une pour le présent et le futur, une pour le passé. Alors pourquoi pas un petit match entre les deux ?

Pendant 14 ans, Filips Dhondt a été dirigeant d’un club professionnel de football. Il a été directeur sportif, directeur général ou manageur général de différents clubs, en Belgique notamment. Pendant ce temps-là, Michel Aubéry a apporté tout son dynamisme, son positivisme, son optimisme (ses principales qualités qu’il dit) à la boutique officielle de l’AS Monaco. Il a été responsable, vendeur, floqueur, étiqueteur, on vous laisse choisir, c’était un peu l’homme à tout faire. Au point qu’en mars 2008, il déclarait être « satisfait de mon job de commerçant et je ne souhaite pas en changer ». Il y est tellement attaché qu’il n’est pas rare de le voir encore aujourd’hui à la boutique. Pas rare, ou habituel même. Probablement plus souvent qu’à La Turbie.
Toujours est-il qu’il est pourtant, depuis décembre 2008, président de la section amateure. Et il a même entraîné des poussins pendant 10 ans par le passé ! Sa crédibilité pour être à la barre de l’ASM, et d’influer sur la destinée d’un des plus grands palmarès français, ne peut être remise en questions. Pas même alors qu’il galère à gérer des équipes qui affrontent l’ES Baous Foot ou l’US Bel Air le week-end. S’il dit qu’il connait le foot, c’est que c’est le cas. Et l’organisation d’un club professionnel ça doit ressembler à la vente de maillots et shorts. Le cours de la chaussette haute est d’ailleurs proche de celui des salaires des joueurs sud-américains. Les périodes de soldes se ressemblent beaucoup également. A l’ASM, c’est même un mois de plus, jusqu’au 31 août.
Filips Dhondt, lui, est loin de ces considérations-là. Plutôt que de se tourner vers des joueurs dont personne ne veut (ou qui veulent partir à la retraite ?), le Belge a proposé d’aller faire un tour au plat pays pour récupérer un Uruguayen de 23 ans qui allait signer en première division allemande. Mais il travaille pour l’AS Monaco cet homme-là ? Pour le 18e de Ligue 2 ? En plus, il semble s’intéresser au domaine dans lequel il exerce, dur à croire pour nous, modestes supporters asémistes. Il ferait (notamment) partie d’une organisation nommée "Sport Industry Networking and Career", qui s’adresse aux étudiants et jeunes professionnels sur le thème du business sportif. Peut-être qu’il pourrait aussi s’occuper des pas jeunes, et pas professionnels ? Ceux habitués aux colloques sur les LED clignotantes, adaptables aux casquettes ou aux pin’s.

Pour défendre sa légitimité à l’AS Monaco, Michel Aubéry a aussi revendiqué une participation dans l’introduction du beach soccer en France. Un show a notamment lieu sous le chapiteau de Fontvieille depuis 2004. Mais en face, il y a encore du répondant. Filips Dhondt a participé à l’organisation de l’Euro 2000. Il a par exemple veillé à mettre dans les meilleures conditions David Trezeguet pour sa mythique volée. Sa préoccupation est notamment les stades des grandes compétitions, à l’image d’un groupe de travail dont il fait partie… sur la Coupe du Monde 2014 et les Jeux Olympiques 2016 au Brésil. Ce ne sont pas des tournois amicaux ou des exhibitions.
Mais Michel Aubéry a quand même une chose pour lui, c’est un artiste. Un de ceux dont le talent est inné (c’est pas de moi), et qui en fait profiter tout le monde. Il a fait sa première exposition à 13 ans, aussi précoce que Freddy Adu ! Et lui aussi, c’est un peintre. Quand il a pensé que Macron c’était mieux que Nike, Adidas and co, c’était avec un pinceau entre les doigts. Quand le club s’est tourné vers Pascal Feindouno pour conclure le dernier mercato hivernal, c’est parce qu’il avait une large palette lui aussi. Et les points communs c’est important.
Pour un sportif, la culture n’est généralement pas un domaine de prédilection. On pourrait presque dire que pour un artiste, le sport n’est pas forcément son principal centre d’intérêt. Pour Aubéry, il y a pourtant les deux. Mais pas de chance, pour Dhondt aussi. Et ça dépasse les frontières de la Principauté. En 2002, Bruges a été la capitale européenne de la culture. Le nouveau dirigeant monégasque en était le coordinateur général, pour 160 évènements "musicaux, plastiques, scéniques et littéraires, disséminés en une cinquantaine de lieux différents". On a beau chercher, la pièce retombe toujours du même côté…
Et on ne va pas s’en plaindre.













